Regard laser et vision directrice.
A l’occasion de ces journées dites de mobilités, les bénévoles de votre antenne se sont essayés à la conduite de trottinettes afin de pouvoir conseiller utilement le jeune public à son utilisation.
Certes, nous savons conduire un deux roues, mais sur une trottinette, nous sommes debout, ce qui veut dire que le centre de gravité est beaucoup plus haut qu’à moto, et étant debout, nous sommes en situation d’équilibre pour favoriser la marche en avançant alternativement une jambe puis l’autre.
Non seulement ça, mais, en plus, nous sommes sur un engin instable avec de petites roues, hyper maniable, et motorisé.
Ce qui veut dire qu’il faut maitriser à la fois l’équilibre, la vitesse, l’inclinaison en virage: en pratiquant, l’on se rend compte que le fait de fléchir légèrement les jambes, donc en descendant le centre de gravité, permet d’avoir plus de stabilité.
Mais ça n’est pas tout, et c’est là que le regard entre en ligne de compte.
Nous le disons en permanence, le regard est essentiel à moto, et nous utilisons bien volontiers le terme: « ta moto va là ou est ton regard ».
A trottinette, c’est encore plus flagrant, et c’est un excellent apprentissage de cette impérative gymnastique des yeux pour évoluer avec la stabilité nécessaire sur un tracé parsemé de plots.
Voici un article qui explique avec moult détails l’importance de la vision à moto, et comme l’article est un peu long, nous le scindons en deux parties, voici donc la première partie, et encore merci à FlatFab pour ses explications détaillées sur un sujet hautement sensible, que beaucoup trop d’entre nous néglige, surtout par manque de rigueur dans la conduite, plutôt que par bravade.
On ne vous le répétera jamais assez : le regard ! Mais où regarder ? Dans quelle direction, à quelle distance ? Que voir ? Comment tout voir sans rien regarder ? Quelques indices…
Au guidon comme au volant : la vue, c’est la vie !
Mais une bonne vision n’est réellement efficace que si elle est bien gérée.
Le cerveau guide les yeux, les yeux guident les mouvements. Les yeux vont commander l’action des commandes, par l’intermédiaire des mains et des pieds, sur la base de ce qu’ils auront perçu.
A tout moment lors d’un déplacement à moto, vous regardez devant vous pour rechercher les informations sur votre localisation, votre position, votre placement sur la route : vous avez besoin, en permanence, de savoir où vous êtes et où vous allez.
C’est un besoin vital pour votre cerveau : essayez de rouler les yeux fermés, vous allez très vite ressentir ce besoin…
Bien placer son regard reste important en permanence, tout le temps de notre conduite, y compris en ligne droite, ne serait-ce que pour
- bien diriger sa moto
- adapter sa vitesse
- pouvoir freiner à temps
Il faut constamment rester attentif à
- regarder aussi loin que possible (tout est dans le “possible”)
- analyser le tracé de la route et le trafic en sens opposé
- surveiller ce qui se passe au bord de la route
Le placement de regard s’avère encore plus important en virages.
On peut sans grand risque affirmer que la plupart des accidents moto (sur route comme en ville) sont dus à une mauvaise technique de regard.
Le placement de regard est, avec la gestion de la vitesse, le point majeur de la sécurité de conduite à moto.
Beaucoup de motards vous diront : “la moto va là où tu regardes”.
Mais ce n’est pas totalement vrai : on peut très bien rouler en ligne droite et tourner la tête à gauche ou à droite, sans que la moto dévie de sa ligne droite.
Il n’empêche que si on fixe durablement un point à gauche (par exemple), la moto aura tendance à dévier vers la gauche.
C’est ce qu’on appelle la vision directrice.
Il est certain que focaliser son regard sur la sortie du virage en se disant mentalement “je veux aller là !” aide à y aller effectivement.
Il faut regarder, non pas là où on est en train d’aller, mais là où on veut aller.
Un “mauvais” motard ira là où il regarde, et seulement là où il regarde, surtout si ce point de fixation du regard est un obstacle.
Un “bon” motard saura regarder là où il veut aller, par un travail de placement du regard.
Un “meilleur” motard saura à la fois placer son regard (là où il veut aller), mais aussi le faire évoluer, voir d’autres choses, observer, anticiper… par un travail de “gymnastique” du regard.
Il faut bien différencier le placement du regard (à un instant donné) de la gymnastique du regard (aussi appelée “structure d’observation”, c’est l’enchaînement de plusieurs placements pendant un laps de temps donné).
Au guidon, une bonne gestion du regard est favorisée par l’expérience, attendu que la mémoire du cerveau donne la priorité à ce qu’il connaît et délaisse le reste.
De plus, pour “bien voir”, il faut comprendre ce que l’on voit.
Mais une fois qu’on a dit ça, comment ça se traduit concrètement ?
Parenthèse d’anatomie
Si vous observez les animaux herbivores, vous verrez qu’ils ont presque tous les yeux sur le côté de la tête.
Les animaux qui sont des proies ont évolué de façon à disposer d’une vision latérale, à 360 degrés, pour détecter les mouvements des prédateurs.
A l’inverse, les prédateurs carnivores possèdent eux les yeux sur le devant de la tête, pour développer une vision centrale stéréoscopique qui va leur donner une parfait perception du relief, donc de la distance et de la vitesse de déplacement de leur proie.
Il y a bien longtemps, l’homme était à la fois une proie et un prédateur.
Nos yeux sont situés sur le devant, nous avons une vision stéréoscopique, nous percevons avec précision ce que nous voyons en vision centrale, bien en face.
Et dans le même temps, nous possédons également une vision latérale, périphérique, moins précise, mais qui nous permet de détecter avant tout les mouvements, ce qui se déplace autour de nous (jusque 180 degrés, on n’est pas des mouches non plus).
Qu’est-ce qui fait que nous voyons ?
La lumière pénètre dans nos yeux jusqu’à la rétine. Elle est ensuite convertie en impulsions électriques que le cerveau décode comme des images.
Mais seule la minuscule partie centrale de la rétine, appelée fovéa, est capable de créer des images à haute résolution. C’est pourquoi nous devons fixer quelque chose pour le voir très précisément.
Le reste de la rétine manque de précision, mais ajoute la vision périphérique. Cependant à seulement 20 degrés d’écart avec l’axe de votre vision, votre acuité visuelle n’est plus que de 1/10e de ce qu’elle est au centre, soit dix fois moins précise.
Pas convaincu ?
Regardez cette vidéo, suivez les instructions, faites le test.
Étonnant, non ?
On voit bien l’importance de la vision centrale qui suit le ballon, et du coup occulte l’environnement. A l’inverse, si vous regardez “de loin”, sans suivre le ballon des yeux, vous utilisez votre vision périphérique et percevez tout de suite ce qui se déplace dans l’image.
En pratique
Les gendarmes motocyclistes parlent de “regard-laser” (au sens de viseur laser) pour la vision centrale et de “regard panoramique” pour la vision latérale.
C’est exactement ça : votre regard est un pointeur laser que vous placez exactement là où vous voulez aller, en sachant que ce point, cette visée laser va et doit évoluer, bouger.
Mais pas juste en bougeant les yeux : en bougeant la tête.
Il faut tourner le cou, tourner la tête toute entière, afin de fixer notre destination en vision centrale, et non en vision périphérique.
C’est en tournant la tête que votre cerveau comprendra que vous voulez aller là, et pas tout droit !
Ensuite, il s’agit de ne pas rester fixé sur un point (qui sera souvent un obstacle).
Votre regard doit évoluer en même temps que la moto avance.
Ne gardez jamais le regard fixe, mais toujours mobile, en évolution, en avance.
Si vous fixez un endroit sur le bord de la route pendant plus d’une seconde, vous allez aller vers cet endroit.
L’œil humain est fait pour détecter le mouvement.
Comme tous nos sens, il donne la priorité aux sensations de changement. Et cela nous arrange bien car la plupart du temps, c’est ce qui bouge qui constitue un danger potentiel. Un objet inerte ne représente un obstacle que s’il est au beau milieu de notre trajectoire. Par contre, ce qui bouge peut venir vous percuter.
Pour votre sécurité, ne regardez pas ce qui ne bouge pas.
Concentrez votre vigilance sur les objets et personnes en mouvement.
En ville où nous sommes surchargés d’informations visuelles, ne vous laissez pas piéger par ce qui peut attirer votre œil, mais qui ne représente pas un danger : la publicité sur le bus, les jambes de la conductrice d’à côté ou le super beau mec sur le trottoir.
Le regard droit pour l’équilibre
Le placement du regard joue par ailleurs un rôle dans la perception de l’équilibre, donc son maintien.
Le corps humain dispose de trois circuits de perception de l’équilibre :
- la vue, par les yeux ;
- l’oreille interne, par les otolithes du système vestibulaire ;
- la proprioception, par la peau sur l’ensemble du corps.
Ces trois circuits de capteurs sont tous reliés au cervelet, siège cérébral de la sensation d’équilibre, une de nos fonctions vitales, gérées par le cerveau reptilien au même titre que la respiration, les battements cardiaques, la digestion, le sommeil…
Il est essentiel pour notre cerveau de ressentir une sensation d’équilibre du corps.
Etre en déséquilibre engage notre sécurité, car tomber peut entraîner des blessures, empêche de fuir et de se défendre.
Notre instinct de survie nous dicte de rester en équilibre.
C’est pourquoi il est fondamental de garder la tête droite, non pas par rapport à notre corps, mais verticale par rapport au sol.
Pour cela, surtout en virage, maintenez votre regard le plus loin possible, avec l’axe horizontal des yeux parallèle à l’horizon.
La suite mercredi prochain.
