Votre article de la semaine

L’Europe a certifié 35 formations pour les motards, mais la France n’en compte qu’une seule contre 23 en Allemagne

Lucas Cortes

Publié le

17/10/2026

Un label européen distingue depuis 2014 les stages de perfectionnement suivis après le permis, et il vient de recevoir trois nouveaux soutiens institutionnels. Sur les 35 programmes qu’il a certifiés, 23 sont allemands, et la France n’en compte qu’un, celui de l’AFDM.

Ce constat ressort de l’annuaire officiel du European Motorcycle Training Quality Label, le label européen de qualité de la formation moto. Créé en 2014, ce dispositif distingue des formations de perfectionnement suivies après l’obtention du permis. Dix pays figurent dans la liste : Allemagne, Autriche, Chypre, Espagne, France, Grèce, Italie, Pays-Bas, Portugal et Suède. La répartition entre ces pays est tout sauf équilibrée.

Un label qui a dix ans d’existence et trois nouveaux soutiens

Le European Motorcycle Training Quality Label a été fondé en 2014 avec pour ambition de certifier des formations post-permis répondant à des critères pédagogiques stricts. Depuis juin 2026, il est coordonné conjointement par l’ACEM, l’association des constructeurs européens de motocycles, et par l’ifz, l’institut allemand de sécurité des deux-roues. Le DVR, le conseil allemand de la sécurité routière, en est membre fondateur et continue de gérer les programmes certifiés en Allemagne. La FIM est chargée de porter le label à l’international.

Le soutien institutionnel vient de s’élargir avec l’arrivée de trois nouvelles organisations. La FIA Région 1, qui couvre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, le réseau de villes POLIS, spécialisé dans la mobilité urbaine, et le Motorcycling MEP Club, le groupe de députés européens motards, ont rejoint le dispositif comme soutiens officiels. La Commission européenne avait déjà réaffirmé son appui, et le Conseil européen de la sécurité des transports, l’ETSC, accompagne le label depuis 2019.

Antonio Perlot, secrétaire général de l’ACEM, résume l’état d’esprit du moment : « The first ten years have given the Label a strong foundation », soit « les dix premières années ont donné au label des bases solides ». Avec l’ifz, l’objectif affiché est d’élargir la portée du dispositif pour rendre la formation post-permis de qualité accessible à davantage de motards en Europe. C’est bien cette portée qui pose problème aujourd’hui : dix ans après sa création, le label existe dans dix pays sur les vingt-sept que compte l’Union, et son poids réel tient à une poignée d’organismes.

L’Allemagne, poids lourd incontesté du dispositif

Sur les 35 programmes certifiés, 23 sont allemands. Ce chiffre à lui seul dit tout du déséquilibre géographique qui structure le label. Les organismes porteurs en Allemagne sont nombreux et variés : l’ACE, l’ADAC, Autostadt, DEKRA Automobil, la KTM Riders Academy avec son Street Training Basic, et la VA Verkehrsakademie figurent parmi les acteurs référencés. Cette densité reflète une culture de la formation moto post-permis particulièrement développée outre-Rhin, soutenue de longue date par le DVR.

Les neuf autres pays se partagent les 12 programmes restants, soit un ou deux chacun. L’Autriche est représentée par la KTM Riders Academy et son Street Training Advanced. Chypre dispose de deux programmes, portés par sa fédération motocycliste et le Cyprus Motorcycle Rights Club. La Grèce compte le Hellenic Motorcycle Institute, l’Italie la Fédération motocycliste italienne avec deux niveaux de son Corso di Guida Sicura. Les Pays-Bas figurent avec la KNMV et son module Early perception risk. Le Portugal avec la Prevenção Rodoviária Portuguesa, l’Espagne avec le Honda Instituto de Seguridad, et la Suède avec Sveriges MotorCyklister.

Matthias Haasper, directeur de l’ifz, souligne que la qualité d’une formation repose sur des objectifs pédagogiques clairs, un enseignement efficace et des instructeurs capables d’amener les motards vers une conduite plus sûre. C’est précisément sur ces critères que les programmes sont évalués avant d’obtenir la certification. Autrement dit, le label ne juge ni la machine, ni le terrain, ni la durée du stage : il juge la façon dont il est enseigné, ce qui explique qu’un même organisme puisse porter plusieurs programmes certifiés séparément.

La France présente, mais avec un seul programme : l’AFDM

La France n’est pas absente du label, mais elle n’y pèse que d’un seul programme certifié. Il s’agit de l’AFDM, l’Association pour la Formation Des Motards, et de ses stages de perfectionnement. C’est la seule formation française à avoir obtenu la reconnaissance du label européen de qualité. Face aux 23 programmes allemands, l’écart est saisissant et pose la question de la place accordée à la formation post-permis dans la culture moto française.

Ce déséquilibre n’est pas une nouveauté propre à 2026, mais il devient plus visible à mesure que le label gagne en légitimité institutionnelle. Avec le soutien de la Commission européenne, de l’ETSC, de la FIM et désormais de la FIA Région 1 et du Motorcycling MEP Club, le dispositif s’impose progressivement comme une référence continentale. La France, avec un seul organisme certifié, reste très en retrait par rapport à son voisin allemand.

Aucune obligation légale n’est attachée au label, et il ne confère aucun avantage réglementaire particulier : ni points, ni réduction d’assurance, ni dispense d’aucune sorte. Il s’agit d’une reconnaissance volontaire de la qualité pédagogique d’une formation, destinée à orienter les motards qui veulent progresser après le permis. C’est aussi ce caractère volontaire qui explique l’essentiel de la carte : un pays n’est bien représenté que si ses organismes font la démarche.

L’intelligence artificielle entre dans la boucle avec le projet AIGOR

Le label ne se contente pas de certifier des formations existantes. Il explore aussi de nouvelles pistes pédagogiques, notamment via le projet AIGOR, mené en partenariat avec l’Université de Florence et financé par l’ACEM. Ce projet étudie comment l’intelligence artificielle et les données de conduite peuvent fournir un retour personnalisé aux jeunes conducteurs de cyclomoteurs et de motos sur leur comportement au guidon et sur les risques pris pendant leurs premières années de permis.

L’objectif à terme est de déboucher sur un outil numérique de sécurité. Il ne s’agit plus d’évaluer un programme sur des critères pédagogiques fixes, mais de produire un retour dynamique, propre à chaque conducteur et nourri par ses propres données de conduite. Le financement vient de l’ACEM, c’est-à-dire des constructeurs eux-mêmes, ce qui place ce travail du côté de l’industrie plutôt que de celui des autorités de sécurité routière.

Le projet en est au stade de la recherche, et il cible une population précise : les premières années de permis, celles où le risque est le plus élevé. C’est aussi le seul volet du label qui ne dépende pas du nombre d’écoles certifiées dans chaque pays, puisqu’un outil numérique s’adresse par nature à tout le monde en même temps.

Un label qui grandit, une carte qui reste très allemande

Dix ans après sa création, le European Motorcycle Training Quality Label dispose d’une architecture institutionnelle solide et d’un nombre croissant de soutiens. La coordination ACEM-ifz, effective depuis juin 2026, donne au dispositif une nouvelle impulsion. Mais la carte des 35 programmes certifiés raconte une autre histoire : celle d’un label qui reste massivement germanique dans ses réalités concrètes.

Pour un motard français qui cherche ce label, il n’y a donc qu’une adresse, et l’annuaire du dispositif la donne pays par pays : l’AFDM et ses stages de perfectionnement. La démarche de certification étant volontaire, l’écart avec l’Allemagne ne tient pas à une barrière réglementaire, mais au nombre d’organismes qui ont fait le pas. Ce nombre peut changer, et c’est la seule chose que l’arrivée de la FIA, de POLIS et des députés motards peut réellement accélérer.

Sources :