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Le Motard Extraits de:

Gérard Hernja. LE MOTARD, UN CONDUCTEUR SINGULIER QUI GAGNE À ETRE PRUDENT. 2022. ⟨hal-03719088⟩

Encore une étude super intéressante qui aide à décrire une passion…difficilement descriptible!!!

Bref, cet aspect sociologique du(de la) motard(e) aide à « qualifier » ce qu’est une passion, très complexe à décrire.

Le déplacement à moto, avec comme seul objectif de faire un tour, reste encore souvent évoqué, là où la notion de faire un tour en voiture sans autre but se perd dans le caractère utilitaire de la voiture. Si nous prenons l’exemple des vacances, nous observons que pour l’automobiliste, elles commencent souvent quand il sort de sa voiture, sur son lieu de villégiature.

Pour nombre de motards, nous savons qu’elles commencent dès lors qu’il enfourche sa moto.

Nous savons pourtant que les conducteurs prennent davantage leurs décisions par rapport à leur interprétation d’une situation que par rapport aux règles du Code de la route. Cela est d’autant plus vrai que ces règles, que nul n’est pourtant censé ignorer, sont en définitive souvent très peu et très mal comprises.

La circulation inter-file est un exemple significatif d’une pratique illégale qui paraissait normale aux motards, au point qu’il a fallu faire évoluer la règlementation ou tout au moins lancer une expérimentation pour la faire évoluer le cas échéant. Dans un cadre construit initialement pour l’automobiliste, le motard, mais aussi les autres usagers font souvent ce qu’il leur paraît normal de faire, jusqu’à ce que le normal devienne parfois la règle. C’est aussi pour cela qu’il nous semble toujours plus juste et opérationnel de parler d’observation des règles, parce qu’elles évoluent en fonction des pratiques, que d’un respect des règles qui les fige dans un jugement moral.

Le comportement du conducteur reste largement analysé, par ceux qui ont en charge les questions de sécurité routière, au regard de sa nature problématique, comme empêchant le système homme / véhicule / environnement d’être sûr, avec la croyance qu’il suffirait de punir et de contraindre pour faire changer les comportements.

La compréhension en situation des règles et usages plutôt que la seule connaissance des règles, ne favorise pas la perspective de conduites moins sujettes aux dangers de la circulation routière.

Le système d’analyse des comportements est d’autre part très largement influencé par les approches centrées sur les situations dégradées, qui plus est à partir de la conduite d’un véhicule automobile, avec comme référence la fréquence et de la gravité des accidents des automobilistes.

Dans cette perspective, sachant que la pratique de la motocyclette est indéniablement plus dangereuse que la conduite d’une automobile, les motards ne peuvent qu’être et se sentir collectivement pointés du doigt pour leur irresponsabilité manifeste. Qu’ils soient à l’origine des accidents ou simplement leur victime ne change alors rien.

La vitesse est souvent évoquée comme associée aux comportements des motards. 

Il apparaît nécessaire de différencier vitesse excessive et excès de vitesse, la première étant une relation simple à une règle explicite, la seconde dépendant de la capacité des conducteurs à analyser une situation, à en mesurer les risques et à faire des choix, avec une composante cognitive évidente.

La prudence permet alors l’émergence progressive d’une sagesse pratique, qui pourrait ainsi être le propre du motard de plus de 40 ans.

Elle serait la vertu de celui qui, au cœur d’une situation, sait peser les éléments de décision pour choisir la juste mesure et mettre en œuvre le comportement qui lui assurera le meilleur bénéfice, sans préjudice pour les autres.

Le motard que nous avons caractérisé comme un supercalculateur, tant il a d’informations à traiter, pourrait alors parfaitement correspondre à la définition du conducteur prudent. 

Un motard éloigné du stéréotype de conducteur à risque ou de tête brulée, le stéréotype étant défini par Beauvois et Deschamps

(1990) en tant qu’images dans la tête et ensemble de croyances sur un groupe de personnes.

Fondamentalement, la prudence au volant n’est pas une compétence par défaut ou une solution face à un défaut de compétence. 

Elle est avant tout le résultat tangible de choix de circonstances, assumés par le conducteur, face à des situations parfois complexes, des signalisations, des règles et des codes qui ne suffisent pas à assurer la sécurité, dans un environnement où les dangers sont multiples et multiformes.

La prudence n’est pas à confondre avec la précaution, l’indécision ou la pusillanimité (La pusillanimité est un manque de courage ou d’audace, manifestant une timidité ou une crainte excessive face aux situations nécessitant de la fermeté). 

Elle n’est pas la vertu de celui qui doute ou qui a peur de conduire. Elle demande moins de s’abstenir de faire que parfois de choisir objectivement de ne pas faire, lorsque les conditions ne sont pas ou plus réunies.

L’accompagnement du motard vers des conduites plus responsables ne passe pas forcément par la formation, ou tout au moins par un certain type de formation ou plus précisément encore par la seule formation.

Ce qui signifie que toutes les formations doivent avoir comme objectif de travailler sur la diversité des modes de déplacement, sur l’hétérogénéité des conducteurs et des conduites, en lien aujourd’hui avec les problématiques de déplacement et de multimodalité.

La réflexion reste ouverte, donc, si vous avez un argumentaire pour enrichir cet article, merci de me le faire parvenir:

antenneffmc17@gmail.com

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